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[124] La langue allemande souligne sa relation à l’espace tout autrement que le français. Le français élude ce que l’allemand souligne. Tout y est situé selon une position précise et selon les changements de lieu. L’allemand, contrairement au français, a largement gardé la flexion venue du latin. Toute la grammaire allemande, donc la pensée intime de la langue, (voir ce qu’en dit Heidegger dans Was heißt Denken) est marquée par la relation à l’espace concret et figuré tel que le mentionne Leibniz qui se dit Raum et signifie d’abord, campement, espace libre ou lit et qui apparenté à room anglais semble provenir d’un verbe indo-européen, déboiser donc créer un espace libre.

À chaque instant la relation à l’espace est précisée puisque l’ensemble prépositionnel qui sert à donner son sens à tout le système verbal repose sur un ensemble de particules ou prépositions spatiales ou locutions adverbiales qui établissent la signification du verbe employé : dessus ou sur, dessous ou sous, autour de, hors de (p. ex. auf, unter, über, um, etc.). Plus de 500 mots souches sont fabriqués avec le seul über = au dessus, plus de mille rien qu’avec auf = sur. Avec aus = hors de, en, existent env. 1200 substantifs et qui peuvent aussi bien être des verbes, ce qui fait 2400, si mon compte est bon et ainsi à l’avenant, de préposition en particule.

La localisation de la pensée dans l’espace est particulièrement marquée en allemand au point que les concepts en deviennent d’une certaine manière visibles. De plus ce que Freud appelle Wortvorstellung (représentation de mot) tient une place essentielle dans le langage philosophique toujours ramené plus ou moins à une figuration concrète, à un schéma a priori, à une silhouette qui se dessine devant l’œil intérieur. Tout S/Z repose sur une sorte d’édification visuellement sous-jacente groupée autour de quelques articulations fondamentales. (GHLA)